Episiotomie, point du mari : Osez Le Féminisme! souhaite collecter des témoignages sur les pratiques abusives. La Parole est vous !

Osez Le Féminisme! souhaite collecter des témoignages sur les pratiques abusives d’Épisiotomie ainsi que du « Point du mari » lors de la suture afin de pouvoir apporter des éléments à Jean Marty, Président du Syndicat des Gynécologues Obstétriciens de France, qui prétend que « tout cela c’est dans la tête des femmes » « des femmes qui sont bien dans la victimologie ». Vous avez souffert des suites d’une épisiotomie? Vous avez eu un « point du mari » sans votre accord et vous en souffrez? vous n’avez pas eu suffisamment d’information? La parole est à vous.

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Réaction de Martin Winckler (Dr Marc Zaffran), médecin et écrivain, suite aux propos tenus par Jean Marty, président du SYNGOF, à propos du « point du mari » (voir http://t.co/YY9oGSu94I) et des épisiotomies abusives et/ou mal faites : « comme toute déclaration d’agression ou de viol doit donner lieu à une enquête impartiale, toute déclaration de maltraitance par un.e patient.e, quelle que soit sa nature, doit entraîner une investigation soigneuse, attentive, avec l’aide de la personne intéressée, pour déterminer ce qui s’est passé et, in fine, atténuer ou réparer les dégâts – physiques et/ou psychologiques et moraux – décrits par les patient.e.s. Quand des femmes dénoncent une pratique comme « le point du mari », il est inacceptable de dire que ça « se passe dans leur tête ». Ne pas croire un.e patient.e, jeter d’emblée le doute sur la réalité de ce qu’il ou elle a ressenti, ce n’est pas seulement moralement crapuleux, c’est aussi, professionnellement, incompétent. » (…) « M. Marty invoque l’idée que la chirurgie serait « un art ». Il oublie cependant que les patient.e.s ne sont pas un matériau inerte sur lequel pratiquer cet « art ». » (…) « Venons-en, enfin, à la question – beaucoup plus répandue que le « point du mari » – de l’épisiotomie. L’épisiotomie telle qu’elle est pratiquée en France (de manière trop systématique, non validée scientifiquement et souvent pour le confort des obstétriciens) est un traumatisme que la profession médicale de nombreux pays développés (Pays-Bas, Scandinavie, Pays anglo-saxons) a depuis de nombreuses années remise en cause. La première obligation d’un médecin, c’est de se tenir au courant des progrès scientifiques. Si M. Marty était le professionnel qu’il prétend être, il devrait avoir invité le SynGOF à recommander à ses membres d’éviter les épisiotomies. Dans les cas où l’épisiotomie est perçue comme indispensable (car c’est la seule perception des obstétriciens qui déclenche l’épisiotomie, et non un ensemble d’éléments objectifs), M. Marty aurait pu, comme le faisait dans les années 80, par voie de presse, le Pr Yves Malinas, Gynécologue-Obstétricien de renom, recommander qu’on passe de l’épisiotomie oblique (qui coupe des muscles et laisse des séquelles douloureuses) à une épisiotomie médiane, plus facile à recoudre et qui suit les plans de clivage naturels des tissus sans traumatiser de muscles du périnée. Autrement dit : si la pratique est nécessaire, pourquoi ne pas chercher à en minimiser le traumatisme ? (Ce que proposait Malinas n’a plus cours aujourd’hui, voir ci-après, mais au moins, il cherchait à faire moins mal.) »

« Le point du mari » et le discours d’un président du SynGOF

19 avril 2014, 20:50

Il y a de nombreuses façon de commenter une pratique comme« le point du mari », sous un angle scientifique, psychologique, sociologique,moral, juridique, ethnologique, féministe… En ce qui me concerne, je vais m’en tenir à trois aspects : médical, légal et éthique.

D’un point de vue médical et légal, le problème est simple : une telle pratique n’a aucun caractère thérapeutique, elle est donc interdite et ne peut en aucun cas être pratiquée sans le consentement de la personne intéressée (voir le Code de la Santé Publique et le Code de Déontologie) et encore moins à la demande d’un tiers. D’après la loi et les codes, un médecin ou une sage-femme qui pratiqueraient un « point du mari » dans ces conditions serait passible de la correctionnelle – ce serait probablement assimilé à une agression – et susceptible d’encourir une interdiction d’exercer.

Bien évidemment, les praticien.ne.s qui effectuent de tels gestes ne s’en vantent pas. Comment pourraient-ils les justifier, à l’heure où en France, on ne cesse de dénoncer les mutilations sexuelles commises dans d’autres pays et de menacer de poursuites les immigrants qui les imposeraient à leurs enfants ? Car d’un point de vue éthique, le « point du mari » n’est pas plus acceptable qu’une infibulation ou une excision, et les gynécologues qui clament haut et fort que la pratique n’existe pas le savent parfaitement. Mais leur déni ne trompe personne. On ne fait pas disparaître une pratique en la niant. La nier, c’est être complice de ceux qui la commettent.

Les déclarations récentes du Dr Jean Marty, Président du SyNGOF (Syndicat des Gynécologues Obstétriciens Français), soulève d’autres questions éthiques qui rejaillissent sur toute la spécialité. (Voir l’article du Monde.fr)

http://www.lemonde.fr/sante/article/2014/04/18/derriere-le-point-du-mari-le-traumatisme-de-l-episiotomie_4403470_1651302.html

Il est inacceptable qu’un professionnel nie l’existence d’une pratique dont les patient.e.s sont victimes, et à laquelle, de plus, de nombreux soignants (en formation, le plus souvent, ce qui faisait d’eux des témoins involontaires et impuissants) ont assisté et dont ils peuvent témoigner. Face à ces témoignages, il n’y a qu’une attitude possible– condamner publiquement tout praticien qui ferait un tel geste, et affirmer solennellement que ces gestes ne peuvent pas être ceux de professionnels compétents et respectables.

Il est inacceptable de déclarer que «  ça se passe dans la tête des femmes » – comme si, d’une part, il savait ce qui s’y passe ; comme si, ensuite, ce qu’il en perçoit était la vérité ; et comme si, enfin, il s’agissait d’une vérité généralisable.

Toute parole d’un.e patient.e doit être respectée, en ce qu’elle témoigne de son ressenti, de sa perception. Et la perception d’une personne est toujours indiscutable. Elle peut ne pas correspondre à la réalité,mais là n’est pas la question : elle est l’expression de ce qui la fait souffrir – et parfois, faire appel à un médecin.

Par ailleurs, le fait d’être un professionnel de santé ne met à l’abri ni des erreurs, ni des préjugés, ni des maltraitance – volontaires ou non. Si le simple fait d’être médecin conférait une moralité supérieure à la moyenne, il n’y aurait pas eu de médecins nazis. Si les codes de bioéthique sont apparus à la suite des Procès de Nuremberg et ont été régulièrement réévalués par la communauté scientifique internationale, c’est bien parce que l’éthique, pour un médecin, ça ne va pas de soi. Avoir un comportement éthique,ça s’apprend. Et ça commence par réexaminer soigneusement ce qu’on fait à l’aune de la manière dont les patients le ressentent, précisément !!!

De ce fait, comme toute déclaration d’agression ou de viol doit donner lieu à une enquête impartiale, toute déclaration de maltraitance par un.e patient.e, quelle que soit sa nature, doit entraîner une investigation soigneuse, attentive, avec l’aide de la personne intéressée, pour déterminer ce qui s’est passé et, in fine, atténuer ou réparer les dégats – physiques et/ou psychologiques et moraux – décrits par les patient.e.s.

Quand des femmes dénoncent une pratique comme « le point du mari », il est inacceptable de dire que ça « se passe dans leur tête ». Ne pas croire un.e patient.e, jeter d’emblée le doute sur la réalité de ce qu’il ou elle a ressenti, ce n’est pas seulement moralement crapuleux, c’est aussi, professionnellement, incompétent. Lorsqu’une personne s’adresse à un médecin, c’est toujours pour exprimer ce qu’elle ressent et non une « réalité objective » que les médecins eux-mêmes ont souvent beaucoup de mal à identifier.

Mais alors que, dans beaucoup d’autres pays développés, la parole des patient.e.s est considérée comme un repère incontournable, la mentalité de nombre de médecins français – comme l’illustrent les paroles de M. Marty – est encore celle du 19e siècle « le patient ne sait pas de quoi il parle, seul le médecin peut le savoir ». En plus d’être paternaliste et éthiquement indéfendable, c’est une attitude rétrograde,archaïque, obtuse, anti-scientifique et depuis longtemps considérée comme contre-productive par les institutions sanitaires internationales. On ne peut pas soigner les gens en partant du principe que ce qu’ils disent est suspect.Leur perception doit toujours être respectée, au même titre que leurs valeurs, leurs craintes, leurs interrogations. Un médecin n’est pas tenu d’adhérer aux valeurs d’un.e patient.e mais il ne peut pas purement et simplement les balayer de la main ou les mépriser. On ne soigne pas en méprisant.

M. Marty invoque l’idée que la chirurgie serait « un art ». Il oublie cependant que les patient.e.s ne sont pas un matériau inerte sur lequel pratiquer cet « art ». Si l’on veut parler d’« art » en désignant par exemple la réparation d’une mutilation à la demande (et à la satisfaction) d’un.e patient.e, pourquoi pas ? Mais imposer un geste sans consentement…c’est une violence, un point, c’est tout.

Venons-en, enfin, à la question – beaucoup plus répandue que le « point du mari » – de  l’épisiotomie. L’épisiotomie telle qu’elle est pratiquée en France (de manière trop systématique, non validée scientifiquement et souvent pour le confort des obstétriciens) est un traumatisme que la profession médicale de nombreux pays développés (Pays-Bas, Scandinavie, Pays anglo-saxons) a depuis de nombreuses années remise en cause.

La première obligation d’un médecin, c’est de se tenir au courant des progrès scientifiques. Si M. Marty était le professionnel qu’il prétend être, il devrait avoir invité le SynGOF à recommander à ses membres d’éviter les épisiotomies. Dans les cas où l’épisiotomie est perçue comme indispensable (car c’est la seule perception des obstétriciens qui déclenche l’épisiotomie, et non un ensemble d’éléments objectifs), M. Marty aurait pu, comme le faisait dans les années 80, par voie de presse, le Pr Yves Malinas, Gynécologue-Obstétricien de renom, recommander qu’on passe de l’épisiotomie oblique (qui coupe des muscles et laisse des séquelles douloureuses) à une épisiotomie médiane, plus facile à recoudre et qui suit les plans de clivage naturels des tissus sans traumatiser de muscles du périnée. Autrement dit : si la pratique est nécessaire, pourquoi ne pas chercher à en minimiser le traumatisme ? (Ce que proposait Malinas n’a plus cours aujourd’hui, voir ci-après, mais au moins, il cherchait à faire moins mal.)

Les syndicats d’obstétriciens français n’ont pas l’air de recommander la réduction des épisiotomies. Mais faut-il s’en étonner ? Beaucoup de gynécologues-obstétriciens français continuent à refuser (par exemple) des DIU aux nullipares, des interventions de stérilisation légales, des accouchements démédicalisés et à imposer (par exemple) des examens cliniques inutiles, des échographies endo-vaginales, des dépistages de cancer trop fréquents, des hystérectomies et des césariennes non justifiées.

Bref, M. Marty aurait dû tourner la langue sept fois dans sa bouche avant de parler. Mais pour réfléchir avant de parler, il est nécessaire d’être respectueux de l’éthique, à jour des connaissances que la communauté scientifique met à la disposition de tous en ligne, et désireux de montrer qu’on est un professionnel soucieux de la perception des patient.e.s. Autrement dit : un soignant.

Au vu de ses déclarations, on est en revanche tenté de s’interroger non seulement sur la place de M. Marty à la tête du Syndicat des Gynécologues-Obstétriciens français, mais aussi sur la qualité des relations de toute nature qu’il établit, quotidiennement, avec les patientes dont il a la responsabilité.

Car ce type de discours n’est pas celui d’une profession responsable et soucieuse des personnes qu’elle est censée soigner. En ce sens, M. Marty est terriblement représentatif d’une mentalité qui devrait pourtant, en 2014, être en voie de disparition. Est-ce que tous les gynécologues obstétriciens se retrouvent dans ses propos ? Je suis sûr que non, et qu’ils auront à cœur de s’en désolidariser, et de dénoncer l’idéologie de M. Marty et de ceux qu’il« représente ».

Martin Winckler (Dr Marc Zaffran)

Des précision de T.L, gynécologue obstétricien d’expérience :

« L’épisiotomie médiane est à bannir de nos pratiques. Certes, cette pratique est moins douloureuse, mais elle est inutile, car elle augmente le risque de déchirure complète du périnée (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/14710059).


Une étude récente très bien faite (M Stedenfeldt et col. BJOG 2012.) a montré les conditions et les positions pouvant diminuer le risque de déchirure périnéale. Il s’agit d’une épisiotomie médio-latérale respectant le noyau fibreux du périnée et ne coupant que le transverse.

L’épisiotomie systématique n’est pas utile, elle délabre les périnées. Sur indication, et bien faite, elle est une technique utile (sur indication seulement, et lorsqu’il y en a moins de 30 %). »

TL

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