Lisez l’interview de Jean-Claude Piquard sexologue clinicien, l’un des intervenants de la table ronde du 7/10 sur le thème : « Égalité-sexualités. La révolution sexuelle a-t-elle eu lieu ? »

Mr Piquard, vous êtes sexologue clinicien, diplômé de la faculté de médecine de Montpellier. Pourquoi avez-­vous choisi ce métier?

Je trouvais que le vocabulaire pour parler de la sexualité était très pauvre. Il manquait notamment des mots pour parler de l’orgasme féminin. En faisant cette formation j’avais espéré trouver des réponses, mais j’en suis ressorti avec encore plus d’interrogations, puisqu’à la faculté de médecine, le clitoris n’existait pas, il n’y avait aucun cours là-dessus, aucune allusion.

Pourquoi avez­-vous choisi de travailler sur ce sujet quand même ?

Dans les années 80, j’ai lu le « Rapport Hite », une enquête réalisée auprès de 3 000 femmes qui parlaient de l’orgasme clitoridien. Quand j’ai lu ce livre, je ne comprenais rien. J’avais 28 ans et je ne connaissais même pas le mot clitoris. J’en ai donc parlé avec des gens autour de moi et j’ai constaté qu’il n’y avait aucune cohérence entre ce que disait une femme ou une autre sur le sujet. Mais je n’avais pas le temps de m’en occuper. Je devais travailler, m’occuper de mes enfants. Ce n’est qu’à l’âge de 50 ans que je me suis lancé dans la recherche.

Avec quel résultat ?

J’ai découvert que jusqu’au début du 19ème siècle le clitoris était plus connu que maintenant. Depuis la préhistoire, il a toujours été connu et reconnu…jusqu’au 20ème siècle.

Pourquoi ?

Au début de la Renaissance, dans les débuts de l’anatomie, le clitoris est très vite décrit. Cette connaissance va s’accroître jusqu’à la fin du 18ème siècle quand les protestants ont commencé à poser des limites sur la sexualité. D’abord c’est la masturbation qui a été limitée, puis tout doucement toutes les pratiques non pénétratives ont été interdites.

Par contre le pénis reste un organe bien décrit et connu…

Oui, mais avec les progrès de la médecine on savait que le clitoris ne joue aucun rôle dans la procréation. En revanche, on savait que le clitoris avait joué un rôle majeur dans la contraception. Il très largement décrit que les couples pratiquaient la masturbation réciproque, un moyen d’avoir des relations sans faire d’enfants. C’est exactement ce que la force concentrée des religions, des médecins et des politiciens voulait interdire : tout plaisir autre que la pénétration.

Comment est-­ce que vous jugez la reconnaissance du clitoris d’aujourd’hui dans votre travail de sexologue ?

Dans mes consultations, je reçois des gens qui ont des difficultés, donc ce n’est pas forcément une représentation exacte de l’ensemble de la société. Mais en revanche, la plupart de mes patientes n’ont jamais regardé leur sexe. Elles ne le trouvent pas beau, et sale. Quand je leur dis que c’est important de le connaître elles me regardent avec des yeux ébahis.

Quelle est la conséquence pour les femmes du fait que le clitoris reste pour quelques-unes encore dans l’obscurité ?

Si on devait choisir un autre mot pour décrire l’orgasme ça serait jouissance. On pense que l’orgasme clitoridien a une fonction extrêmement importante pour le plaisir, c’est une sorte d’accalmie. C’est un plaisir qui remplit qui nourrit. Moi je fais partie des sexologues qui pensent que sans l’inclusion du clitoris jusqu’à l’orgasme, la sexualité des femmes reste une sexualité incomplète. Par contre la plupart des femmes ont aussi un grand plaisir lors de la pénétration. Les plaisirs pénétratif et clitoridien sont complémentaires, c’est comme boire et manger !

Vous participez à la table ronde d’Osez le Féminisme !69 : qu’est­-ce qui vous a motivé à intervenir ?

Tout d’abord, parce que je suis fier d’être invité et pouvoir parler de ma spécialité, du clitoris. Et puis je m’intéresse particulièrement au travail de Michèle Clément, ses recherches sur l’étymologie du mot « clitoris ». Il pèse une grande incertitude sur cela également. Après, j’espère pouvoir débattre avec Odile Buisson aussi parce qu’il y a des thématiques où ne sommes pas assez d’accord. C’est extrêmement intéressant.

Jean-Claude Piquard (62) est sexologue clinicien à Montpellier et auteur de deux livres sur l’orgasme et le clitoris. Il a découvert le mot clitoris à l’âge de 28 ans, mais ce n’est que 20 ans plus tard qu’il s’est jeté dans la recherche sur ce mystérieux et fabuleux organe.

Visiter le site de Jean-Claude Piquard ICI

La table ronde se déroulera le mardi 7 octobre de 18h30 à 20h30  à la bibliothèque de La Part Dieu, 30 Boulevard Marius Vivier Merle – 69003 Lyon – Voir le lien de notre partenaire la Bibliothèque de La Part Dieu ; c’est ICI.

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