Désolidarisation de la Marche des Fiertés de Lyon du 14 juin 2014

Pour nous, « prostitution » et « GPA » (« gestation pour autrui ») sont des violences intolérables faites aux femmes. En imposant le mot d’ordre « nos corps, nos choix… » et en amalgamant IVG, PMA, GPA et Prostitution pour la marche des fiertés lyonnaise 2014, la LGP de Lyon rend impossible pour OLF69 et de nombreuses autres associations féministes (Coordination Lesbienne en France, Femmes solidaires, Union des Étudiants Communistes, ATTAC , CNDF, femmes en résistance, Collectif Libertaire Anti-Sexiste, etc) d’appeler à rejoindre la marche, moment pourtant crucial de lutte contre les LGBTphobies et pour l’égalité des droits. Pire, David Souvestre (Secrétaire adjoint de la LGP), ose affirmer publiquement qu’OLF rejoindrait ainsi les rangs de la « Manif pour Tous » dont nous combattons pourtant quotidiennement et sans relâche l’idéologie et les effets néfastes. Nous invitons donc la LGP de Lyon à cesser ces attaques gratuites, odieuses et diffamantes qui ne lui font pas honneur et ne font du bien ni au mouvement LGBT ni au mouvement féministe, ni aux ponts que nous tentons d’ériger et de maintenir entre nos mouvements.

A l’appel d’Osez le féminisme 69, les associations et organisations signataires de ce
communiqué s’unissent aujourd’hui pour exprimer leur profond désaccord avec le mot d’ordre de la Marche des Fiertés, marche qui se déroulera à Lyon le 14 juin 2014 et qui aura cette année pour thème :

« Nos corps, nos choix : droits des trans, PMA, IVG, GPA et prostitution ».

Nous tenons à dénoncer clairement la confusion induite par ce mot d’ordre, entre les luttes contre les LGBTphobies, celles pour les droits reproductifs et sexuels des femmes ET la défense de deux des pires produits des systèmes patriarcal et capitaliste : la Gestation Pour Autrui (GPA) et la prostitution. En effet, enjoindre l’opinion à se rassembler autour du mot d’ordre « nos corps, nos choix », en associant la PMA et l’IVG à la GPA et la prostitution, est un procédé malhonnête qui ne doit pas demeurer sans réponse. Par cette manœuvre médiatique empreinte d’artifices idéologiques, la Lesbian and Gay Pride de Lyon fait fi des débats qui clivent la société politique et civile. Cet amalgame entre des revendications légitimes et progressistes, et des réclamations clairement machistes, résulte d’une volonté d’instrumentaliser un événement historique ainsi que certaines luttes féministes au profit d’individus qui s’arrogent le droit de traiter des femmes et des enfants comme de simples produits de consommation. Aussi, tenons-nous à souligner que le mythe du choix individuel dans les pratiques de prostitution et de GPA, contribue à invisibiliser et perpétuer l’oppression subie par une écrasante majorité des personnes concernées, et nuit gravement au respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux. Ce mythe légitime une organisation sociale et économique fondée sur un rapport de domination et d’exploitation des plus vulnérables et des plus précaires, en majorité des femmes et des enfants nié-e-s en tant qu’être humainEs.

En votant le rapport Honeyball, le Parlement européen a récemment reconnu que la
prostitution ne pouvait être dissociée de la traite des êtres humains et qu’elle constituait en
elle-même une violence extrême envers les personnes prostituées. Martelons en effet que, à plus de 80%, les femmes et enfants prostitué-e-s sont issues de pays étrangers et de circuits esclavagistes. Peut-on sérieusement parler de liberté sexuelle lorsqu’elle est imposée et sous-tendue par la contrainte économique et obéit, pour le plus grand nombre, aux diktats de la survie ?

La liberté sexuelle repose sur le consentement mais également, et surtout, sur la réciprocité du désir. Dans une société où le néolibéralisme règne en maître, l’amalgame véhiculée par « nos corps, nos choix » encourage la marchandisation et l’instrumentalisation des corps et le droit à la propriété. Nos aînées se sont battues aux cris de « Mon corps m’appartient » ; nous continuons de nous battre aujourd’hui pour disposer de nos corps, non pour les mettre à disposition du système patriarcal et marchand. « Mon corps m’appartient » signifie « Je suis mon corps. Je suis un être vivant et intégral, qui refuse d’être morcelé et dissocié. Je ne suis pas un bien mobilier. Je suis une personne qui n’est ni à vendre, ni à prendre, ni à louer, ni à échanger, ni à prêter, ni à instrumentaliser ».

Par ailleurs, dans le contexte houleux et la nébuleuse des protestations obscurantistes qui
se sont dressées lors de l’adoption de la loi « mariage pour toutes et tous », et alors que le
gouvernement a mis sous le boisseau la proposition de loi concernant la PMA, nous déplorons que les débats concernant la PMA et la GPA soient insidieusement mis sur le même plan, entraînant une confusion pernicieuse. Nous nous élevons contre la GPA dans sa vision de « disponibilité du corps d’autrui » et alertons sur les dérives du droit à recourir aux femmes pour leur fonction reproductive.

Quel que soit le contexte dans lequel la GPA est pratiquée (marchand ou non marchand),
il s’agit toujours d’une instrumentalisation des femmes concernées, réduites à leurs organes reproductifs. A l’heure où les droits des femmes sont menacés en Europe – IVG en Espagne, rejet des rapports Estrela et Zuber- et dans le monde, les associations de défense des droits humains doivent être plus soudées que jamais face à la progression des intégrismes et du conservatisme archaïque et patriarcal. De concert, luttons pour l’émancipation, l’autonomie et l’égalité femmes-hommes. Nous nous désolidarisons donc de la marche des fiertés cette année mais tenons à réaffirmer nos engagements dans les luttes contre les LGBTphobies, pour l’IVG, pour les droits des personnes transsexuelles et en faveur de l’ouverture de la PMA pour les couples de lesbiennes et les femmes célibataires.

CONTACT :
Co-présidente OLF69: Fanny Théveny 06 76 03 31 54
Presse : Marie Da Fonseca : 06 29 71 81 50

PREMIÈRES ASSOCIATIONS ET ORGANISATIONS SIGNATAIRES :

− Osez Le Féminisme 69
− Amicale du Nid
− ARCL (Archives de recherche et Culture Lesbiennes de Paris)
− ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions Financières et pour l’Aide aux Citoyens)
− Bagdam Espace lesbien, Toulouse
− CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception)
− Centre Évolutif Lilith – Lesbiennes en Marche – Marseille
− CLEF (Coordination Française pour le Lobby européen des Femmes)
− CNDF (Collectif National pour les Droits des Femmes)
− CNFF (Conseil National des Femmes Françaises)
− CLAS (Collectif Libertaire Anti-Sexiste)
− CRLCAFFRA (Comité Régional de Liaison et de Coordination des Associations
Féminines et Féministes en Rhône-Alpes)
− CLF (Coordination Lesbienne en France)
− CQFD Fierté Lesbienne
− Femmes en résistance
− Femmes ici et ailleurs
− FDFA (Femmes pour le Dire Femmes pour Agir)
− Femmes solidaires et femmes solidaires Rhône
− La Lune, association de femmes homosexuelles et féministes de Strasbourg
− Les éfFRONTé-e-s
− LDIF (Ligue du Droit International des Femmes)
− LMS (Libres MarianneS)
− LMDE (La Mutuelle Des Etudiants)
− Lyon Gauche Solidaires
− MDF Paris (Maison des Femmes de Paris)
− Marche Mondiale des Femmes France
− Marche Mondiale des Femmes 26.07 (MMF)
− Mémoire traumatique et victimologie
− MJCF Rhône (Mouvement des Jeunes Communistes de France)
− MJF (Mouvement Jeunes Femmes)
− le Mouvement du Nid Rhône Alpes
− Parti de Gauche 69*
− Réussir l’égalité femmes-hommes
− Réseau féministe « Ruptures »
− SOS sexisme
− UEC Rhône (Union des Etudiants Communistes)
− UNEF (L’Union Nationale des Etudiants de France )
− UNL (Union Nationale Lycéenne)
–  Zéro Impunity

* « Le parti de gauche du Rhône partage les prises de positions mises en avant ici, dans ce communiqué de presse. Pour autant, le PG ne souhaite pas se désolidariser du mouvement, tout en émettant des réserves évidentes quant aux mots d’ordre de la marche. En effet, à l’heure où les propos et actes homophobes ne cessent de se banaliser, où l’extrême droite gagne du terrain, il nous semble indispensables de marcher unis. »

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Journée internationale de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie !

Le 17 mai a lieu la journée internationale de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie. A cette occasion, Osez le féminisme ! rappelle qu’il est plus que jamais nécessaire d’organiser la riposte face aux mouvements réactionnaires qui, au croisement d’idéologies misogynes et homo/lesbophobes, défendent le maintien du système hétéro-normé de la domination masculine.

Si le vote de la loi Taubira sur le mariage pour toutes et tous est une belle avancée, la marche vers plus de droits pour les personnes homosexuelles semblent être au point mort depuis. Les nombreuses reculades du gouvernement sur la question de l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires en attestent.

« L’apaisement » voulu par le gouvernement constitue en fait une véritable défaite qui légitime la mobilisation et le discours des mouvements réactionnaires qui sévissent dans notre pays, diffusent des appels à la ségrégation, à la haine et à la violence.

Parallèlement, une recrudescence des actes LGBT-phobes ont été recensés : le rapport de SOS homophobie pointe une hausse spectaculaire des actes homophobes avec 80% de témoignages en plus par rapport à l’année 2012

Le seul chemin possible pour lutter contre ces dangereux obscurantismes est une action politique volontariste en faveur de l’égalité des droits – et en particulier de la PMA- conjugué à des mesures éducatives. Aussi, nous demandons la relance immédiate du plan de lutte contre les discriminations en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, ainsi que la poursuite de la généralisation de l’ABCD de l’égalité.

Jugement du tribunal de Versailles : déni de parentalité !

Le Tribunal de Grande Instance de Versailles vient de refuser le droit à une femme d’adopter l’enfant qu’elle a eu avec sa compagne (épousée depuis) par le biais d’une PMA faite en Belgique. Osez le féminisme ! exprime son incompréhension face à cette décision.

En effet, depuis la loi Taubira sur le mariage pour les couples de même sexe du 17 mai 2013, l’adoption est officiellement ouverte aux couples de même sexe mariés, permettant ainsi aux deux parents d’être reconnus aux yeux de la loi comme étant les titulaires de l’autorité parentale. La décision de justice du TGI de Versailles refuse donc à une femme le droit d’être mère de l’enfant qu’elle a eu avec sa compagne, en dépit d’une loi entrée en vigueur il y a un an maintenant.

Osez le féminisme ! s’inquiète du message renvoyé par cette décision. Quelles solutions reste-t-il aux femmes lesbiennes qui désirent devenir mères ? Continuer d’aller en Belgique au risque de voir un tribunal s’opposer à l’adoption par l’une des mères de l’enfant ? Osez le féminisme ! rappelle que la seule solution viable est l’ouverture de la PMA en France aux couples de femmes lesbiennes et aux femmes célibataires. Nous demandons également le respect du droit pour l’autre mère d’adopter l’enfant de sa compagne ou de faire reconnaître la filiation entre les deux parents et l’enfant né d’une PMA au sein d’un couple marié. Il faut que le gouvernement cesse de reculer sur cette question en cherchant à donner des gages à des mouvements réactionnaires emprunts d’une idéologie religieuse qui n’a pas sa place dans les lois de la République.